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Images aléatoires

Gueule de chien

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La belle et malicieuse Lulu

Dimanche 29 octobre 2006
Tous les jeudis soirs, à Lyon, on peut voir passer un étrange cortège de chiens et de maîtres papotant tranquillement le long des berges du Rhône en cours d'aménagement. Si vous êtes lyonnais et propriétaire d'un chien, vous serez le bienvenu pour venir grossir les rangs de cette joyeuse troupe. Sinon, voici quand même un résumé de cette PREMIERE BALADE NOCTURNE. Pour ce faire, je passe la plume à Laurette Wittner, propriétaire de la charmante Vera, qui vous racontera bien mieux que je n'aurais pu le faire cette sympathique soirée. Attention, ça va vous changer de mon style de patronne de bar ! Je n'ai pas pu joindre de photo à cet article, car la nuit, non seulement tous les chiens sont gris, mais ils ont aussi des lampes torches à la place des yeux dès qu'un flash se déclanche !
Alors, laissons-nous simplement bercer par le récit tendre et lyrique de Laurette.

Et pourquoi pas le soir ?


Une balade canine qui commencerait à cette heure « entre chien et loup » ou un peu plus tard, juste quand le ciel se teinte des bleus outre-mer qui, s’étirant jusqu’au bleu-nuit sertiront, le moment venu, les lueurs de la lune.
Les balades sous les étoiles ont commencé aujourd’hui. Au départ nous étions quatre, avec nos cinq compagnons de route et de chemin, à partir du « Petit Suisse » : un bar, un point de rencontre, un hommage aussi à raconter peut-être un autre jour, car c’est une autre histoire.

Quelques coups de fil de celle, hésitante, qui traînait encore la lourdeur de sa journée de travail et piétinait entre fatigue et envie. Sa décision tardive l’a fait rejoindre le groupe à mi-parcours, telle un éclair, enfin libérée des milles petites oppressions et décisions quotidiennes. Avant tout, nous avions à traverser une tranche de ville assommée de progrès et furieusement en chantier : la Fosse aux Ours. Mal famée, la Fosse aux Ours se transmute en places, et la ville flirtant avec son fleuve recoud ses berges comme une amoureuse maladroite préparant un habit de fête pour l’élu de son cœur, au capharnaüm pas très romantique de son atelier. Peu après, quelques retardataires nous rejoignent, et nous formons avec dix chiens un groupe compact.

Vaguement ivre, une étoile filante s’exclame au passage : « mais vous êtes un collectif de chiens ! – Pas seulement, répond-on, n’oubliez pas les maîtres !... » Car c’est aussi notre balade. Il est bon de marcher à l’envi après une journée de travail. Certains d’entre-nous se connaissent, dégustent leurs retrouvailles, jubilent de rencontrer les nouveaux venus. Tout cela fait récréation, pause, un moment en suspens dérobé à la chronologie. Les chiens irradient leur plaisir insouciant, contagieux, leur structuration nourrie d’immédiateté. Il pleuvote par intermittence et ça ne gâche rien. Il y a de la fête dans l’air. Nous faisons la ville comme les alpinistes font les cimes, en pionniers ou en vieux routiers des sentiers connus. Les propriétaires de chiens sont bien les majeurs, sinon les seuls véritables randonneurs urbains.

Presque silencieuse, la balade est un pur plaisir des sens, entrecoupée de quelques conversations parallèles. Les chiens cherchent à se placer près de tel ou telle, s’éloignent de tel autre tout en flairant l’histoire de cet endroit, d’aussi loin que leur olfaction le permet. Yannick, notre éducatrice canine aux mains d’or, montre l’efficacité de sa technique douce.
Alto obéit et file doux malgré son énergie débordante ; de tout son corps frêle et actif de chien de chasse, Penny montre l’étendue de son envie de plaire et son attention absolue, mais désordonnée, à l’être humain qu’elle accompagne. Puis le chemin trop ordonné s’ouvre sur un espace plus sauvage. Nous lâchons les laisses. Unanimes, tous les retrievers se jettent au Rhône pour une baignade. Quelques-uns nagent, d’autres pataugent aux berges tant qu’ils ont pied et s’initient timidement à des aventures plus extrêmes. Ici ensemble, à vivre, l’inénarrable, l’exceptionnel. Quelques minutes de vraie liberté. Des instants d’une joie unique, totale, interspécifique, également partagée par tous les êtres présents. C'est au moins ça que l'individualisme n'aura pas, nous réanimons le partage.

Sous le manteau que la nuit alourdit, nous avons marché une bonne heure. Il est temps de gagner le chemin du retour. Le ciel est plutôt couvert mais nos yeux pleins d’étoiles. Retour plus lent, les chiens défoulés, et nous portons le poids d’un bon souvenir de vie buissonnière. Des passants nous hèlent. Une dame descend de son vélo, marche un peu avec nous. Son accent du nord du monde nous trouve sympathiques, ainsi, tous ensemble. D’autres ensemble. Quelques passants nous disent bonjour, comme en montagne. Non,
nous ne les avons pas déplacées. Nous devons ses précieuses occasions d'échange à nos compagnons quadrupèdes qui sont, ensemble comme toujours, des fabuleuses clefs de communication.

Puis nos chemins bifurquent. Nous rentrons chez nous, un peu à regret, et un peu plus riches.

par yannick thoulon publié dans : actualité et activités
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